Académie de La Dombes

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L'Académie de la Dombes

La gestion des étangs

La pisciculture, extensive, occupe une place à part. Une certaine inertie continue d’être observée, liée aux structures foncières impliquant des acteurs peu concernés par la rentabilisation de leur bien. En effet plus de 80% des étangs sont exploités par des propriétaires citadins, par l’intermédiaire de gardes, de régisseurs ou de fermiers intéressés au rendement. La rentabilité économique est très variable selon les modes d’exploitation choisis. Les étangs exploités en fermage ou en propriété directe par des agriculteurs ont des rendements souvent supérieurs. Les travaux d’entretien sont réalisés dans le cadre de l’exploitation, des améliorations sont apportées ponctuellement concernant la gestion de l’eau, la fertilisation, l’aménagement des étangs. Toutefois, la pisciculture d’étangs est aujourd’hui très menacée par l’invasion du cormoran, qui prend des proportions chaque année plus inquiétantes. Cet oiseau s’est manifesté pour la première fois en Dombes il y a cinq à six ans, cette arrivée coïncidant en partie avec les mesures de protection prises à l’échelle européenne. Les cormorans arrivent chaque année en plus grand nombre, restent de plus en plus longtemps sur place et sont actuellement en train de déstructurer complètement la pisciculture traditionnelle. Un cormoran se nourrit chaque jour de 400 g de poissons sachant qu’il inflige des dommages à ceux qui lui échappe.

Le premier témoignage indiscutable de la présence des étangs en Dombes date du XIIIe siècle : En 1230 en effet, selon Guigue (1908), la charte de fondation de la Chartreuse de Poleteins fait état d’un étang donné par Marguerite de Beaujeu qui l’avait fait construire. De nombreux actes de la deuxième moitié du XIIIème siècle mentionnent leur construction. Ils sont considérés "d’intérêt public" au XVe siècle. Il suffit dès lors d’être propriétaire d’un point bas pour construire un étang, en inondant au besoin les terres voisines. De ce droit d’inondation découle la dissociation de la propriété de la terre et de l’eau. Accompagnant ce système d’exploitation complexe, tout un ensemble de droits et d’usages s’instaurent, identifiant les droits et les devoirs respectifs des nombreux propriétaires et usagers de l’eau et du sol. Ce succès faillit leur être fatal. Une première polémique vit le jour en pleine période révolutionnaire, les associant au système féodal. Une seconde, autrement plus virulente, se déroula au siècle suivant sur le terrain de l’hygiène et de l’agronomie, donnant lieu à une avalanche de pamphlets entre "carpiers et dessècheurs" : elle faillit provoquer leur disparition.

Un système d’élevage particulièrement lucratif est à l’origine de cette exploitation complexe. Le nombre des jours maigres qui incluent les quarante jours du Carême, le mercredi, le vendredi et le samedi jusqu’au XVIème siècle, demeure important les siècles suivants. L’étang qui se pêche à cette époque est une source importante de revenus. La carpe est d’un élevage aisé, très résistante. Les voituriers l’acheminent dans des "tonnettes" remplies d’eau, les poissonniers la transvasent dans des bateaux-viviers. Certains la transportent à sec en couches alternées avec de la paille, jusqu’à trois jours - en hiver - s’ils prennent la peine de les rafraîchir la nuit. Bref, la carpe fut pendant des siècles un poisson providentiel.

L’élevage de la carpe repose en Dombes sur un système d’exploitation original, faisant alterner élevage de poisson en eau et culture des céréales en assec. Les étangs sont alimentés grâce à un réseau très dense de fossés rassemblant les eaux de pluie sur lequel les exploitants interviennent à certaines périodes du cycle annuel. Chaque année, les étangs sont alevinés, vidés puis pêchés à l’automne suivant. Tous les quatre ou cinq ans en moyenne, ils sont pêchés au printemps et laissés à sec, en général un été pour être cultivés en avoine ou en maïs. Tanches, rotengles, gardons, et brochets sont également élevés dans les mêmes étangs, mais la carpe est la seule espèce à faire l’objet d’une production séparée d’alevins, dans de petits étangs de pose ou d’empoissonnage, réservés à cet effet. On distingue traditionnellement les feuilles (alevins d’un été), les panots (alevins de deux étés) et les mères (géniteurs mâles ou femelles). Pour "empoissonner un étang", on compte en moyenne 120 panots, 10kg de tanches, 15kg de blanc et quelques brochets à l’ha, mais ces chiffres sont adaptés par l’exploitant en fonction de la nature des fonds et de la qualité de l’eau. Les étangs dombistes, au nombre de 1100, couvrent environ 12000ha et produisent entre 150 et 400kg de poisson à l’ha... La carpe représente 50 à 60% du tonnage de poisson d’étang en Dombes soit 800 t. Elle est traditionnellement vendue vivante en Allemagne, pays très fort consommateur qui apprécie tout particulièrement la qualité des carpes élevées de façon extensive dans les zones piscicoles françaises. Un atelier de filetage existe depuis quelques années en Dombes, absorbant une partie de la production ; la partie restante est vendue en France pour repeupler des cours et plans d’eau, Les autres espèces sont toutes vendues en poisson de repeuplement.

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