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L'Académie de la Dombes

Les Haras des ducs de Savoie aux Echets

Au Moyen-Age, les seigneurs avaient besoin d’un grand nombre de chevaux de guerre. Cette nécessité entraîna la multiplication des élevages sous forme de haras d’étalons, droit seigneurial ou royal, qui permit sans conteste au cheval d’échapper à l’abâtardissement. Au XVIème siècle, les ducs de Savoie choisirent les Echets, un hameau de Miribel aujourd’hui, pour y établir un haras.

En partant du principe que la durée de service du cheval est de dix ans environ en temps de paix et de quatre ans en temps de guerre, on peut admettre que l’armée doit en moyenne renouveler son effectif tous les sept ans. Philibert Ier, duc de Savoie, pour faire face à ce besoin, met en oeuvre un projet de construction d’un haras sur ses terres des Echets relevant de la châtellenie de Miribel. Pour cela et au préalable, il doit commencer par assécher en 1481 le lac-marais en creusant un grand et profond fossé pour évacuer les eaux vers la Saône. Les chanoines comtes de Lyon, propriétaires de la seigneurie de Rochetaillée que devait traverser le fossé s’opposent à ce projet et le Duc de Savoie meurt en 1482 sans voir aboutir celui-ci. Il ne sera repris que trente ans plus tard.

En 1512, le projet d’assèchement du lac des Echets est repris. L’Eglise de Lyon accorde le droit de passage à Charles III, duc de Savoie, pour la création d’un collecteur d’eau.

Après cela, on convertit le lac en grande et belle prairie. Il existe alors sur ce site une métairie longue de cent pas et large d’une soixantaine. Dans le bâtiment, le duc établit le haras avec des étalons de race orientale et des juments de pays. Cet établissement, créé à grands frais, dure peu. La mauvaise qualité des fourrages et le calendrier de l’Histoire sonnent le glas de ce somptueux projet. Le duc alloue à divers particuliers toute la prairie en se réservant le droit de Souveraineté. Le produit de 500 écus est donné aux églises dont une grande partie aux Dames de la Chartreuse de Polleteins.

En 1750, un sieur Lambert, à la tête d’une compagnie à Paris, se trouvait en instance d’obtenir l’autorisation de rétablir le haras des Echets où il se faisait fort d’entretenir soixante-douze étalons et mille deux cents juments. L’Intendant de Bourgogne et de Bresse reçut de Paris l’ordre d’étudier le site et il envoya le sieur Perret pour enquêter. Celui-ci déclara dans un mémoire que le projet du sieur Lambert était complètement impraticable. La mauvaise qualité des fourrages, la faible superficie du terrain et le manque d’eau potable pour abreuver les chevaux rendaient le projet non viable. De nouveau, il fut abandonné.

Un haras au monastère de Saint Sulpice voit le jour en Bugey grâce à la générosité d’Henri IV

Le traité de Lyon signé le 17 janvier 1601, avait annexé définitivement la Bresse et le Bugey à la France. En retournant à Paris, Henri IV traversa la Bresse et fit des dons à plusieurs chefs de son armée. C’est ainsi que l’Abbaye de Saint Sulpice fut donnée au baron de Pardaillan [1].

Cette abbaye s’élevait au sein des hautes montagnes qui dressent leurs rochers sur la gorge de Saint-Rambert aux Hôpitaux et s’enchaînent aux montagnes du Valromey, Le monastère possédait un vaste territoire riche en pâturages fertiles. De belles forêts de hêtres et de sapins, des clairières de plantes aromatiques, un air vif, une âpre senteur de végétation caractérisent cette région d’une nature énergique.

Pierre d’Escodeça, Seigneur de Boisse, Baron de Pardaillan, Maître de camp du Régiment de Champagne prit envie, pour accroître son bénéfice, de créer un haras dans ce monastère. Ayant rassemblé quantité de "cavales qui sont fort grandes et belles en Brasse", il fit venir des étalons d’Espagne et d’Allemagne et aussi de grands ânes d’Auvergne pour produire des mulets.

Une abbaye peu ordinaire où l’Eglise tient lieu de fenil et où les moines tirent à l’arquebuse.

L’église, grande comme une cathédrale, servait à stocker les fourrages nécessaires à la nourriture de ces animaux durant les quatre à cinq mois d’hiver. La terre de ces montagnes était souvent recouverte de neige. A peine restait-il une partie du chœur libre autour du grand autel pour les moines afin qu’ils puissent y chanter les offices ! Du reste, ne vous imaginez pas que les moines catéchisaient les soldats commis au haras ! Le couvent devint une église militaire car on voyait les moines à la chasse avec les soldats, l’arquebuse sur l’épaule. Les moines ne sortaient que sur de grands chevaux et les meilleurs, avec la permission de Monsieur l’Abbé et toujours bien armés avec l’épée, le pistolet et souvent le fusil. On les voyait ordinairement sillonner le pays en cet équipage. Cette belle vie dura près de huit à neuf ans.
L’évêque menaça d’en avertir le Parlement et le Gouvernement pour faire cesser ce scandale. Mais les moines se faisaient plus blancs de leurs privilèges que de leur robe. Ils s’abritaient derrière la toute puissance de Monsieur l’Abbé, qui, en redoutable fléau, tenait en frayeur toute la noblesse, l’Eglise et le peuple du pays. Il alla même jusqu’à attenter à la personne du Gouverneur.

Le tyran fut déniché de son abbaye. Retiré parmi les huguenots du Languedoc, il fut assassiné au siège de Montauban par les membres de son propre parti. L’abbaye, sans chef, fut remise entre les mains d’un abbé profès de l’Ordre qui arrêta le scandale et ferma le haras.
Ainsi finit, au début du XVIIème siècle, lors de la réunion de nos Pays d’Ain à la France, le premier épisode de l’histoire des haras. Un temps assez long s’écoulera avant qu’il en soit de nouveau question. La misère et pauvreté de cette époque en furent les causes.
L’action féconde de la maison de Savoie pour l’élevage chevalin sera poursuivie au cours du XVIIe siècle par Colbert puis au XVIIème par le haras de Fétan à Trévoux.

Le cheval de Dombes, un favori des rois

Charles VlIl, Roi de France, vint s’établir en 1494 dans le Lyonnais pour préparer la conquête du royaume de Naples qu’il considérait comme sa possession.
Charles VIII se mit en route vers l’Italie fin août 1494. Il fut rejoint à Turin par le Comte de Bresse qu’il avait engagé à faire campagne, accompagné par de nombreux gentilshommes de Bresse et du Bugey. C’est à Turin que la Régente de Savoie présenta au nom de son fils, un fameux cheval. Il avait cinq ans et une belle robe noire. Il est resté célèbre dans la mémoire de notre pays.
Commines [2] qui avait gardé le souvenir du jour où le Roi montait ce cheval à la bataille de Fornoue le 6 juillet 1495, narra : "Le matin du sixième jour du mois de juillet, Charles VIII assista à la messe et communia. A sept heures, le noble Roi, armé de toutes pièces, monta sur le plus beau cheval qu’il ait vu de son temps et le baptisa Savoye. La vivacité de ce cheval sauva la vie du Roi et il fut sacré meilleur cheval du monde par Charles VIIl."

Les écuries royales remontèrent leurs effectifs dans notre région. François 1er montait lui aussi un cheval de Dombes à la bataille de Pavie. Henri Il en posséda un également.

Georges SAINT-CYR, Académicien de la Dombes

Bibliographie :
O’BRIEN L.E.P. Les chevaux de l’Ain, tome 1, 1886, archives départementales de l’Ain.
BOSSI, Statistiques raisonnées des animaux domestiques du département de l’Ain, 1808.
CHANEL Marie-Joseph, Statistiques de l’Ain, 1831

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[1Pierre d’Eacodeça, seigneur de Boisse, baron de Pardallian, mestre de camp du régiment de Champagne.

[2Commines ou Commynes, Philippe de, chroniqueur et auteur de mémoires sous les règnes de Louis XI et Charles VIII.

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