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La Dombes

Les oiseaux de la Dombes, le bonheur du naturaliste mais aussi du touriste

Couple de canards Colvert
Couple de canards Colvert

L’avifaune de la Dombes compte 342 espèces dont l’identification s’est échelonnée sur un siècle, de 1906 (collection Claudius Côte) à nos jours (bernache à cou roux observée en décembre 2006). Mais une quarantaine d’oiseaux doivent être ôtés de la liste : 35 espèces d’origine non sauvage (essentiellement échappées de captivité) ou douteuse, et une vingtaine dont aucune citation n’a été faite dans les 50 dernières années, certaines depuis le catalogue "Côte" évoqué. Restent donc 277 oiseaux "sauvages, eurasiatiques et modernes" répartis entre 94 passereaux ("petits" oiseaux chanteurs, comme la linotte mélodieuse ou la grive musicienne... mais aussi le corbeau freux) et 183 non-passereaux (généralement de plus grande taille, dont la plupart des espèces gibier, comme les canards mais aussi des espèces protégées, comme la cigogne).
Une autre distinction prend en compte les nicheras et les non nicheras ( migrateurs, hivernants, estivants), en nombre presque égal, 154 et 123 espèces respectivement. Chez les gicleurs, 1 10 sont actuellement "réguliers" et 44 "occasionnels" car observés 5 fois au plus depuis 1991. La catégorie des non nicheurs est plus disparate, chez qui l’on peut distinguer les oiseaux réguliers, du harle miette au pipit spioncelle, et les occasionnels, bien plus nombreux, une centaine d’espèces environ dont divers limicoles ou passereaux.
Ces divers oiseaux ne se répartissent pas uniformément dans l’espace écologique dombiste, que l’on peut subdiviser en quatre principaux compartiments fonctionnels : les boisements, les cultures associées à ce qui reste du bocage, les étangs bien évidemment, sans oublier le milieu euthropisé des villages, même s’il retient moins la faveur des ornithologues.

L’avifaune des étangs

Le milieu des étangs appellerait un large développement, tellement sont nombreux et originaux les oiseaux qu’on y peut rencontrer : une cinquantaine de nidificateurs, autant de migrateurs, même si ce contingent est ici plus fluctuant que dans les autres milieux, selon les saisons et les années. Les principaux groupes systématiques sont les grèbes (huppé, castagneux, à cou noir), les anatidés qui incluent non seulement les canards, de surface et plongeurs, mais aussi les oies, les tadornes et les cygnes, les ardéidés (huit espèces, du héron cendré au blongios), les rallidés (râle aquatique certes, mais aussi foulque et poule d’eau), les laridés (mouette rieuse et guifette moustac) ; les rapaces diurnes "aquatiques" ne sont représentés en nidification que par le busard des roseaux et il faut attendre la migration ou l’hiver, pour observer des espèces aussi prestigieuses que le balbuzard pêcheur ou le pygargue à queue blanche. Chez les passereaux, seuls les sylviidés sont bien représentés comme nicheurs : rousserolles effarvatte et turdoïde, phragmite des joncs, locustelle luscinioïde, accompagnés du Bruant des roseaux. Les autres espèces restent occasionnelles : bouscarle et cisticole en nidification, rémiz en migration. Compte-tenu de l’importance du paramètre "gel" sur la capacité des étangs à retenir les oiseaux d’eau, leur avifaune est moins sédentaire que celles des autres compartiments : un peu plus du tiers seulement des espèces nicheuses passent l’hiver dans notre région, encore ne s’agit-il pas toujours des mêmes individus ; c’est le cas du héron cendré.

L’avifaune des forêts et du milieu agricole est à la fois la plus naturelle mais aussi l’une des plus banales de la Dombes. D’après les relevés de fréquentation conduits dans les boisements de la "Fondation Vérots" dans le sud-ouest de la Dombes, une quinzaine d’espèces domine le peuplement, rencontrées dans plus de la moitié des cas : viennent en tête la corneille noire, le pinson et la mésange charbonnière, suivis de près par le grimpereau des jardins, le loriot, la sittelle torchepot, le pic épeiche, la mésange bleue et le merle noir ; grimpeurs et cavernicoles sont donc bien placés dans cette première liste, qui se poursuit avec le coucou, la fauvette à tête noire, le geai, le troglodyte, etc. Au total, pas moins de 28 espèces ont été ici notées (fréquence au moins égale à 5 %) ; plus généralement, on peut reconnaître en forêt 35 nicheurs principaux (rapaces diurnes et nocturnes inclus), pour la plupart sédentaires.

Dans le milieu agricole, au sens large, on peut distinguer les espèces "culturales", prairiales y compris aux abords des étangs, buissonneuses (haies) et arboricoles (bocage). Chez les premières, les deux oiseaux les plus emblématiques étaient l’alouette des champs et la perdrix grise ; chez les deuxièmes, les derniers recensements mettent en avant la fauvette grisette et l’hypolaïs polyglotte, suivis par le tarier pâtre, le bruant jaune et la fauvette babillarde ; dans le dernier groupe, on observait jadis la huppe fasciée et le pigeon colombin (nichant dans les vieux arbres têtards), la chevêche, voire le petit-duc. Une trentaine d’espèces richesses, réelles ou potentielles, peuplent - ou peuplaient - ce sous-ensemble écologique.

L’avivaune des villages

En regard d’une avifaune aussi riche que celle des étangs, la pauvreté ou la banalité des milieux peuplés par l’homme ne peut être niée, même si les villages apportent un contingent original - au sens premier du terme - à la liste ornithologiste dombiste : des "anthropophiles stricts" comme le moineau domestique et la tourterelle turque, des "transfuges rupestres" comme l’hirondelle de fenêtre ou le rouge queue noir dans les habitations, des passereaux "pré-forestiers" comme le rouge queue à front blanc et le serin cini dans les parcs, des "échappés du bocage" comme la pie ou le chardonneret. Une vingtaine d’espèces régulières, une trentaine au total, majoritairement sédentaires, peuplent ce secteur longtemps délaissé par la plupart des observateurs de passage.

Le calendrier annuel de l’avifaune

Aigrette
Aigrette

Alors que la moitié dans le bocage, voire les deux tiers en forêt, des oiseaux de la Dombes sont sédentaires, seul le tiers de l’avifaune aquatique est concerné par la sédentarité. Au coeur des hivers les plus rudes, seul le colvert persiste vraiment, localement la foulque et la sarcelle d’hiver. et il faut attendre le dégel pour (re)voir milouins... et cormorans. Bien que peu abondants, les canards siffleurs et pilets sont des migrateurs nordiques assez réguliers. Conséquence éventuelle du réchauffement climatique : les effectifs du héron cendré auxquels se sont joints ceux de la grande aigrette, voire du héron garde-boeufs et de l’aigrette garzette sont plus étoffés qu’autrefois.
En février, les milouins sont massivement de retour, tandis que les colverts et les hérons cendrés ont entamé leur nidification, suivis en mars par les vanneaux, mois à la fin duquel nous quittent les noirs cormorans. Les balbuzards sont désormais fidèles au passage en mars. La migration des autres canards et vinicoles va courir jusqu’à la fin d’avril, mais les passereaux ne doivent pas être oubliés : majoritairement sédentaires dans les bois et dans les villages, ils ne reviennent qu’en (mars)-avril dans les jonchaies et dans les mobilières. Les oiseaux les plus tardifs sont néanmoins la fauvette des jardins et la pie-grièche écorcheur : ces migrateurs ayant hiverné en Afrique ne rejoindront notre contrée qu’au début de mai.

Entamée donc dès la sortie de l’hiver pour certaines espèces, la saison de nidification va courir jusqu’à l’été ; celle des anatidés autres que le colvert et des ardéidés autres que le Héron cendré ne va démarrer qu’en avril, voire en mai, et il y aura des jeunes funicules ou des glèbes huppés non volants jusqu’au début de septembre, alors que la chasse a commencé. Installées à la fin de mars, les mouettes rieuses auront quitté la contrée dans la première moitié de juillet, tandis que les guifettes moustacs, migratrices et nidificatrices plus tardives, seront présentes tout l’été avant de disparaître à leur tour, l’automne venu. A tous égards - du moins pour les non chasseurs - mai et juin constituent la période où la Dombes offre la plus grande richesse et la plus grande diversité, pour la végétation comme pour l’avifaune, même si juillet est encore actif pour quelques nicheurs de qualité : fuligules morillons et nyrocas, échasses blanches et guifettes moustacs.

Foulque macroule
Foulque macroule

A peine les tout derniers vinicoles sont-ils passés, au début de juin que leur migration de retour semble s’amorcer : les premières bécassines des marais apparaissent avec la seconde moitié de juillet, qui voit également des rassemblements de canards et de foulques. En août - et de manière tout à fait normale - les vols de cigognes apparaissent lorsque partent les milans noirs puis les poudrées. A l’ouverture de la chasse, des sarcelles d’hiver sont déjà présentes, accompagnant les canards indigènes dont une partie peut avoir quitté notre région ; mais l’apport de gicleurs nordiques, du milouin au pilet, se fait plutôt en novembre. Leurs effectifs décroîtront lors des vagues de froid. Il en sera de même pour des limicoles, même si certains tentent aujourd’hui leur chance en hivernage, comme le courlis cendré. Décembre et janvier sont les mois creux, puis le cycle recommence à l’approche du printemps.

L’évolution décennale de l’avifaune

Le nombre d’espèces ayant changé de statut entre 1991 et 2006 paraît important par rapport à celui relevé en d’autres régions : pas moins de 15 espèces nicheuses n’ont plus été notées (barge à queue noire et courlis cendré...) tandis qu’une dizaine d’autres sont apparues (spatule et pic noir..). Plus important peut-être encore - car les espèces précédentes n’ont jamais formé l’essentiel des peuplements dombistes - les populations de nombreux oiseaux ont connu dans l’intervalle de grosses variations, positives ou négatives. En nidification : 25 espèces en hausse d’effectifs (cygne et hérons, plus quelques passereaux) ne compensent pas 29 espèces en déclin (canards, gallinacés, laridés) ; les oiseaux potagers, du colombin à la huppe, sont lourdement affectés, ainsi que quelques passereaux répartis dans tous les milieux : alouette des champs dans les cultures, tarier pâtre dans le bocage, locustelle luscinioïde dans les étangs, gobemouche gris en forêt. Chez les canards, où le phénomène est le plus flagrant, la sarcelle d’été et le canard souchet ont en pratique été rayés de la carte des nicheurs en un tiers de siècle. Au total, la cinquantaine d’oiseaux concernés représente une proportion très importante des quelque 130 espèces nichant en Dombes en année moyenne : le peuplement avien de cette contrée a donc subi des mouvements démographiques majeurs et rapides qu’explique surtout l’impact des activités humaines sur l’écosystème.

En hivernage, des oiseaux sont arrivés, totalement ignorés autrefois, comme le grand cormoran et la grande aigrette. Chez les hérons, c’est à la fois le nombre des espèces, des hivernants et des gicleurs qui a augmenté dans le même laps de temps. Il n’y a apparemment aucune perte d’espèces en hivernage contre 20 augmentations (dont certaines posent problèmes à l’économie piscicole) et le nombre de canards hivernants a doublé en un quart de siècle : faut-il y voir un effet du réchauffement climatique, un apport dû à des pays plus "producteurs" situés au nord de notre région ou un effet positif des quelques réserves locales ? Probablement ces diverses causes agissent-elles simultanément, voire même en se conjuguant. En périodes migratoires, les modifications sont globalement négatives pour les limicoles, surtout au printemps (chevaliers, bécasseaux, bécassines). Les quelques données sûres étant recoupées avec celles de l’hivernage, le contraste est saisissant entre une situation favorable à 23 espèces (presque toutes des oiseaux d’eau) et défavorable à 6 oiseaux seulement.

Sur l’ensemble de la période et sur l’avifaune, c’est donc un total de 69 espèces qui est concerné, dont 35 positivement (les hérons, certains anatidés), 27 négativement (les canards nicheras, les limicoles, les oiseaux du bocage) et 7 de manière "balancée" (ainsi le ramier, nicheur et hivernant en expansion, n’est-il plus observé en migrations). Même si ce bilan n’est pas totalement négatif, il n’est guère de régions françaises où les changements aient été aussi rapides et profonds qu’en Dombes pour l’avifaune en particulier et les écosystèmes en général.

Le contexte biogéographique

En Europe occidentale, la Dombes peut être comparée à des régions proches, comme celle du Léman et, plus près de nous, à la zone de Miribel-Jonage, voire à la Camargue et au Forez, autres "plats pays". En saison de reproduction, on peut comparer les peuplements des hérons dombistes à ceux de la Camargue, ceux des canards aux peuplements de la plaine du Forez, mais c’est surtout en saison d’hivernage (et d’exercice cynégétique) que l’abondance et la précision des documents autorisent d’intéressantes comparaisons. Dans le tiers de siècle écoulé, Dombes et Camargue ont fonctionné de manière étroitement connectée en ce qui concerne les peuplements d’ardéidés : originaire du nord, le héron cendré s’est installé comme hivernant puis nicheur en Camargue, où il a rencontré le garde-boeufs provenant des pays chauds, tous deux rejoints depuis par la grande aigrette, venue de l’est. Si la profondeur des eaux fait que Dombes et Camargue accueillent une majorité de canards de surface, la salinité et le climat de la seconde région donnent un certain avantage au canard siffleur et à la sarcelle d’hiver par rapport au colvert, bien plus commun en Dombes. A l’inverse, le Léman et les plans d’eau de Miribel-Jonage, pourtant plus proches de la Dombes que ne l’est la Camargue, présentent des eaux plus profondes voire mobiles, moins soumises au gel ; ils hébergent donc une avifaune hivernale riche en canards plongeurs, même si le morillon confère au Léman une nette originalité par rapport aux autres zones d’hivernage.

La connaissance, la protection et la gestion des oiseaux et de leurs biotopes

Si des études ornithologistes (Olivier Meylan) et phytosociologiques (Marie-Antoinette Reynaud-Beauverie) ont été engagées dès les années 1930 en Dombes, il a fallu attendre le début de la décennie 1960 - peu après la parution des ouvrages de Charles Vaucher et des livres de Paul Geroudet - pour voir l’ornithologie et l’écologie locales prendre leur envol avec la création du C.O.R.A., en 1966, et l’implantation de I’O.N.C., dans les années 1970. Dans la décennie 1980, la Fondation Pierre Vérots a pris le relais de la Réserve de Villars pour l’accueil des chercheurs de l’Université de Lyon. La mise en synergie des diverses institutions, des amateurs et des professionnels a permis la parution, dès 1977, du premier atlas ornithologique Rhône-Alpes, en 1991 du Guide du naturaliste en Dombes aujourd’hui revisité, en 2003 de l’atlas des oiseaux nicheurs de Rhône-Alpes : toutes sommes où la Dombes occupe une place de premier choix, sans oublier les centaines de publications dans les revues régionales, nationales, voire internationales.

Dans un monde où la flore, la faune et les écosystèmes sont menacés et agressés par les excès de l’activité humaine, l’étude de la nature débouche logiquement sur sa protection par une gestion plus rationnelle. Depuis la création, en 1964, de la réserve zoologique et botanique de Villars, voisine mais distincte du Parc des Oiseaux, quatre autres espaces dombistes ont été protégés. Il s’agit des domaines de Praillebard en 1984 et de Vernange en 1987 ainsi que des réserves de Birieux en 1989 et du Chapelier en 1995, portant les surfaces protégées à plus de 850 hectares, avec 16 étangs couvrant 380 hectares, soit 4 % des surfaces homologues de la Dombes. Ces créations ont été le fait de personnes ou d’institutions très diverses, faisant appel à des individus comme à des collectivités, à des chasseurs comme à des "écoles" et peu souvent à la contribution du ministère de l’Environnement dont on sait qu’il figure pas parmi les ministères les moins dotés. Pour autant, quelque bénéfiques soient-elles en période de chasse, les réserves de Dombes qui abritent parfois plus des trois quarts des canards hivernants ne répondent pas à la question de fond posée en saison de nidification ; la prolificité des canards est passée en moyenne de 6 à 4 poussins par couvée avec des effectifs décimés en un quart de siècle, chutant de quelque 40 000 poussins au début de l’élevage à 15 000 quinze années plus tard, puis à 5 000 environ aujourd’hui.

En ce qui concerne l’activité cynégétique, les modifications favorables à la faune proviennent également d’initiatives diverses, ayant abouti à la restriction du calendrier lors de la remontée de printemps ou à la protection de certaines espèces, emblématiques et/ou menacées (anatidés, ardéidés, limicoles) ; mais quelques mouvements de balancier démographique sont parfois venus compliquer la gestion locale de certaines espèces (grand cormoran, cygne tuberculé, héron cendré), pour des raisons d’ailleurs souvent extérieures à la Dombes. Par ailleurs, on peut aussi regretter certaines bavures gestionnaires comme le lâcher de colverts d’élevage ou des ouvertures de chasse trop précoces pour certains canetons incapables de voler en septembre encore. Plus grave, le monde cynégétique s’est-il vraiment rangé derrière la bonne bannière en s’opposant momentanément à Natura 2000, non seulement pour l’intérêt général mais pour l’intérêt à terme des chasseurs eux mêmes ? Plus généralement, sans doute abusée par les "succès" agricoles connus pendant les Trente Glorieuses et depuis défendus, la collectivité dombiste ne s’est-elle pas trop repliée sur elle-même, méconnaissant les nouveaux modes de pensée et les nouveaux enjeux ?

Pourtant les solutions existent pour une meilleure gestion de l’environnement rural : au fil des années, chercheurs officiels (O.N.C.F.S.) ou privés (Universités, CORA) ont analysé les points faibles ou délétères de pratiques agronomiques aggravées par la technicité moderne ; bien plus, ils ont proposé des alternatives qui, non seulement ne font pas baisser la productivité piscicole ou la qualité agro-alimentaire, mais redonnent aux écosystèmes une productivité en canards rejoignant celle connue il y a une génération ! Aujourd’hui, le défi est donc de concevoir une "nouvelle agriculture" où des partenaires soucieux de l’intérêt général à terme mettraient en oeuvre les divers savoirs concernés... ce que la loi de 1995 appelle d’ailleurs le développement durable.

Philippe LEBRETON, ornithologue, Académicien de la Dombes

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