Académie de La Dombes

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L'Académie de la Dombes

Les pigeonniers

Les pigeonniers occupèrent jadis une place importance dans la vie du monde rural. Aujourd’hui patrimoine, pour ceux qui ont survécu, il faut en assurer l’entretien, la restauration et tout faire pour éviter la disparition.

Témoins d’une architecture et d’une culture, les pigeonniers sont, en effet, parfois détruits. Mais combien aussi les laissent mourir à petit feu, rongés par la pluie, le vent, les ronces et ... l’indifférence.
Quel que soit leur type, ils possèdent toujours un étrange pouvoir charmeur. Privilège seigneurial jusqu’à la Révolution de 1789, après laquelle chacun put procéder à son propre élevage, le pigeonnier fournissait un apport nutritif non négligeable et la fiente particulièrement riche était très recherchée comme engrais naturel.

Le pigeon fut utilisé en Grèce et en Italie comme messager dès le milieu du VIe siècle avant notre ère. Il parait donc évident qu’il y eut dès lors des colombiers. C’est bien une colombe que Noé envoie pendant le déluge et qui revient avec un rameau d’olivier. Le char de Vénus est tiré par des colombes. C’était aussi le seul oiseau qu’on laissait vivre autour du temple de Delphes. C’est pour toutes ces raisons qu’un tel oiseau ne pouvait être que "dans la maison de ceux dont la profession est d’acquérir la gloire".

Un droit coutumier précis, régi par des règles fondées sur le bon sens, mais réservé aux classes supérieures.

En France, pour avoir le droit de construire un pigeonnier avant 1789, il fallait répondre à des critères bien précis mais qui diffèraient selon les provinces. S’il est vrai que chacun pouvait tenir quelques couples de pigeons en volière, avec interdiction de les laisser sortir, il fallait posséder en toute propriété une certaine surface de terrain autour de la ferme pour pouvoir bâtir un pigeonnier. Cette surface de terre labourable (ni en prés, ni en vigne) variait selon les lieux. Un décret du Parlement de Dombes précise qu’il fallait posséder au moins trente arpents. Cette surface pouvait tripler, par exemple dans la coutume d’Orléans. Cette surface minimum, d’un seul tenant autour du pigeonnier, servait à protéger des déprédations causées par les pigeons aux champs avoisinants.

Une fois le terrain acquis, le bâtiment construit, on procurait un peuplement en rapport avec la surface et si le nombre de locataires était trop élevé, le propriétaire s’exposait à des sanctions.
Dans ce type de pigeonnier, il n’y avait que l’étage supérieur qui était réservé à l’élevage. Le rez-de-chaussée servait de poulailler, d’écurie aux chèvres ou de remise à pommes de terre.
S’il y avait un premier étage, on l’utilisait à entreposer le "ballou" (enveloppe du grain de blé) et les cordes de chanvre.
Certains pigeonniers n’avaient pas d’étage intermédiaire et les nids des pigeons couvraient toute la hauteur des murs. lls s’appelaient alors "colombiers à pieds" et seul le seigneur haut justicier avait le droit d’en posséder un.

Les pigeons de ces différents types de pigeonniers étaient considérés comme fuyards puisqu’ils allaient chercher l’essentiel de leur nourriture dans les champs. Les propriétaires étaient malgré tout obligés de les tenir enfermés au moment des semailles et des moissons. Dans certains cahiers de doléances établis au printemps 1789, on retrouve une vive contestation à l’égard de ce droit qui fut comme bien d’autres, aboli en cette nuit du 4 août (article II de l’abolition des privilèges et des droits féodaux). Sa position montre bien là son importance.

Des pigeonniers aux normes de construction particulières, réservant aux oiseaux un cadre agréable et les protégeant des prédateurs.

De par la similitude de leur fonction, les pigeonniers possèdent de nombreux caractères en commun ; cependant, ils conservent un particularisme propre à l’architecture rurale à laquelle ils s’intègrent. La grande majorité de nos pigeonniers sont en pisé comme le reste des bâtiments de la ferme. Pour accueillir cet hôte de marque, il fallait donc une demeure digne de lui.

Sa construction demandait de nombreuses précautions pour lui aménager un cadre agréable et le protéger des différents prédateurs.

Ainsi, la porte devait fermer à clef. Les murs extérieurs étaient crépis à la chaux et au sable fin, bien lisses pour empêcher. les rats, fouines et autres nuisibles de grimper. Aux deux tiers de la hauteur, des plaques de fer blanc étaient incrustées dans la maçonnerie pour les empêcher de monter par les aigles. Parfois une ceinture de pierre en saillie pouvait remplacer les plaques de fer blanc ; mais cette installation était bien plus onéreuse. Les trous d’envol étaient orientés à l’est, au sud, parfois à l’ouest, afin de recevoir le plus de lumière possible. Devant le trou d’envol, une banquette servait au repos du pigeon à son retour des champs. Le toit, muni ou non d’un clocheton devait avoir une bonne pente pour faciliter l’évacuation des fientes par la pluie.

A l’intérieur, les murs étaient blanchis, favorisant une meilleure luminosité. Pour être inaccessible aux prédateurs le plancher était recouvert de carreaux encastrés le long des murs dans la maçonnerie.
Plusieurs types de nids étaient utilisés tels de simples trous percés dans les murs en pisé et appelés boulins. Très espacés en raison de la fragilité du matériau, ils entraînaient une perte de place précieuse. Une autre structure, plus coûteuse, consistait à inclure des pots en terre cuite dans la construction.
Reste la méthode la plus répandue en Dombes faite de planches divisées en cases avec nids amovibles en osier facilitant le nettoyage.

Signe de richesse et de respectabilité, l’élevage du pigeon offrait un double profit.

C’était un biset dont la couleur originelle était bleue agrémentée de deux barres noires sur les ailes. S’étant accouplé avec d’autres races, différentes couleurs sont apparues depuis.

La femelle pond 2 œufs ; le mâle participe à l’incubation comme il aidera plus tard sa compagne à nourrir les petits. Il y a cependant une particularité propre au pigeon. Le mâle et la femelle "allaitent" leurs petits. C’est un liquide produit par le jabot qui est régurgité dans le bec des pigeonneaux. Les parents laisseront passer ainsi quelques petites graines au fur et à mesure que grandit leur progéniture.

Posséder un pigeonnier était un signe de richesse et de respectabilité. Le profit était double. C’était d’abord un mets de choix et de Roi. En 1393, la maison du Roi en consommait journellement 400 sous différentes formes : rôti, farci, en ragoût, tourte ou soupe. La médecine l’utilisait aussi pour "nettoyer" les reins, le sang mélangé avec du fiel d’anguille contre les tâches oculaires. La fiente qui répondait au joli nom de colombine s’utilisait en cataplasme. Par ailleurs, c’était avant tout le plus riche engrais de la ferme.

Elle était répandue dans les chenevières ou dissoute dans l’eau d’arrosage pour les légumes du potager. La colombine se payait fort cher ; elle était mentionnée sur les baux de fermage et même dans les contrats de mariage.

Après la Révolution, les pigeonniers se multiplièrent un peu partout puisque le privilège avait disparu. Sauf en pays d’étangs car le pigeon n’aime pas l’humidité stagnante. Puis l’apparition d’engrais chimiques et l’évolution des habitudes alimentaires ont contribué à l’abandon progressif des bâtiments.

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